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La Bibliothèque de la mondialisation présente une sélection d'ouvrages récents, traitant de la mondialisation, en lien avec les thèmes à l'étude au LEPPM. Il ne s'agit pas d'une liste des « classiques » de la mondialisation, mais bien d'une série de titres, assortis aux problématiques analysées par les chercheurs du LEPPM.

C'est une bibliothèque évolutive; périodiquement, un nouveau titre sera ajouté à la collection proposée. Pour chaque ouvrage recensé, un résumé, rédigé par les chercheurs du LEPPM, sera disponible en ligne.

Les ouvrages sont choisis selon les critères suivants : 

  • Année de publication : égale ou postérieure à 2005 (année du début des activités du LEPPM) ou réédition importante 
  • Type de document : ouvrage monographique 
  • En lien avec l'un des thèmes à l'étude : culture, éducation, économie, environnement, santé, sécurité, ou les thèmes transversaux : immigration, développement durable 
  • La mondialisation apparaît comme l'un des aspects dominants de l'ouvrage 
  • La priorité est accordée aux ouvrages en lien avec les politiques publiques 
  • Dans la mesure du possible, on ne retient qu'un seul titre par auteur

Vous avez lu un ouvrage qui correspond à nos critères de sélection? Nous vous invitons à nous en faire part, en nous communiquant le titre du livre.
Écrivez-nous à : leppm@enap.ca

Liste des ouvrages :

Protection de la santé et sécurité alimentaire en droit international



Ferraud-Ciandet, Nathalie
Protection de la santé et
sécurité alimentaire
en droit international
Larcier
2009


Ce livre, publié en 2009, vise à éclairer sur la contribution de la communauté internationale aux politiques et droits de la santé des États. Il aborde ainsi différents problèmes de santé actuels et les politiques développées en vue de protéger la santé des personnes et de coordonner les relations entre les États dans le domaine de la santé, à l’heure où le «phénomène de globalisation a rendu la distinction entre santé nationale et internationale complètement anachronique» (p.284).

L’auteure, docteure en droit, évaluatrice indépendante pour la Commission européenne et professeure de droit en école de commerce, montre à l’aide de différents textes juridiques comment on tente de protéger la santé à travers le monde. Le droit international sanitaire est présent dans diverses branches du droit international – droit de la personne, droit social, économique, droit de l’environnement, etc. - et beaucoup d’organisations voient ainsi à son encadrement. La santé est donc abordée de façon multidimensionnelle, reflet de l’ampleur de l’activité humaine et non d’une désorganisation du droit international de la santé.

Partant de cette prémisse, Ferraud-Ciandet jette un regard sur l’évolution historique de la coopération internationale en matière de santé, dont elle voit l’origine dans l’expansion des échanges internationaux de marchandises, vecteurs de maladies, et dans la recherche d’équilibre entre protection de la santé et libre accès aux marchés. Chaque chapitre traite ensuite de préoccupations particulières et actuelles du domaine de la santé, telles que les problématiques d’accès aux médicaments et aux soins de santé, de l’encadrement de la protection de la santé des consommateurs, en abordant entre autres, la sécurité sanitaire des aliments. La protection de la santé face aux problèmes environnementaux est aussi scrutée et une réflexion sur le principe de précaution est élaborée.

Pour chaque thème, l’auteure recense les principales politiques relatives à la santé dans le monde, explique en quoi elles consistent et, c’est là le plus intéressant, établit les liens entre les différents textes internationaux et nationaux afin de montrer comment ils protègent la santé, même s’il ne s’agit pas de l’objectif central de l’accord, de la convention, du règlement, etc. particulièrement en matière de commerce. Plusieurs cas marquants de différends internationaux où les États et entreprises veulent empêcher ou limiter l’accès à certains produits sur leur territoire en invoquant des motifs de santé servent à illustrer ses propos.

En conclusion, l’auteure insiste sur la vision globale des questions de santé qui sous-tend le droit international de la santé. Elle émet en ce sens quelques suggestions pour aborder la «mondialisation durable», notamment le besoin de développer davantage de politiques sanitaires qui correspondent aux politiques de libéralisation des échanges.

Rien n’est laissé sous silence dans ce livre où Ferraud-Ciandet aborde les nombreux aspects du domaine du droit de la santé. Elle considère autant l’évolution des problèmes de santé que les résultats des grandes rencontres internationales et le pouvoir des organisations internationales concernées, particulièrement de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et l’impact de leurs activités sur la santé. Chaque chapitre fournit une base d’informations nécessaires à la compréhension du problème à l’étude et ne requiert pas d’avoir lu le précédent pour en comprendre l’essentiel puisque certaines informations traitées préalablement sont reprises. L’auteure décrit notamment plus d’une fois certaines organisations et l’objectif de certains accords internationaux. Ce niveau de précision peut donner une impression de redondance au lecteur, mais n’enlève rien à la richesse des informations et de l’analyse, et rappelle l’interdépendance entre les différents domaines.

Ce livre contient une mine d’informations fondamentales pour quiconque s’intéresse à la mondialisation et la santé et qui souhaite mieux comprendre le droit international de la santé et œuvrer pour une meilleure harmonisation des politiques publiques qui traitent des questions de santé. . .PDF 


Monica Tremblay
Janvier 2013

Rankings and the Reshaping of Higher Education



Hazelkorn, Ellen
Rankings and the Reshaping of Higher Education
Palgrave Macmillan
2011

Les classements internationaux des universités sont aujourd’hui incontournables. Ce qui avait commencé comme un simple exercice universitaire, au début du XXe siècle aux États-Unis, s’est peu à peu transformé en un outil d’information à dimension commerciale pour les étudiants, puis en un instrument de comparaison au cœur d’un univers aujourd’hui marqué par la concurrence.

L’ouvrage d’Ellen Hazelkorn, Rankings and the Reshaping of Higher Education, propose un examen de l’impact des classements internationaux des universités sur la refonte des systèmes d’éducation supérieure, à l’ère de la mondialisation.

La montée en popularité des classements internationaux des universités a créé une certaine fébrilité auprès des dirigeants d’établissements comme des décideurs publics. La frénésie entourant leur publication a atteint, à des degrés divers, toutes les régions du monde. Cet engouement a coïncidé avec une phase accrue de mondialisation qui a propulsé l’éducation supérieure au rang des priorités des décideurs publics, mettant en lumière les forces et les faiblesses des systèmes actuels. Connus, utilisés et même craints par certains, les classements dérangent et sont à l’origine d’importantes réformes au sein des systèmes d’éducation supérieure.

Hazelkorn, spécialiste de la question, a mené au cours des dernières années une vaste étude afin de cerner l’influence réelle des classements internationaux sur les décisions des étudiants, de leurs parents, des employeurs, des autorités gouvernementales et des dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur. Elle a recueilli les témoignages des différents utilisateurs des classements, en parcourant le monde. Cette publication présente le fruit de ses recherches, les conclusions tirées de ses observations, de même que certaines propositions visant à améliorer ces outils d’information et de comparaison.

Les premiers chapitres de l’ouvrage dépeignent le contexte actuel de l’éducation supérieure : le savoir devient de plus en plus un moteur de croissance économique, les pays développés cherchent à attirer les étudiants les plus talentueux et les travailleurs très éduqués. Par conséquent, la demande d’information et de transparence quant à l’offre universitaire a augmenté. Les classements internationaux sont à la fois le signe et l’instrument de la compétition mondiale qui prend de l’ampleur en éducation supérieure.

Dans les chapitres suivants, l’auteure illustre l’influence des classements sur le choix des étudiants quant à l’établissement où ils poursuivront leurs études postsecondaires, les stratégies des dirigeants d’établissements, de même que l’orientation des politiques publiques en matière d’éducation supérieure. L’ouvrage présente également des tableaux détaillés de ce que mesurent les principaux classements et décrit, à partir d’exemples concrets, de quelle façon il est possible pour les établissements de moduler certains aspects afin d’obtenir de meilleurs résultats.
L’investigation de l’auteure sur l’influence des classements internationaux lui permet de conclure que le savoir est dorénavant intimement lié à la compétitivité d’un État sur la scène mondiale. Elle démontre en quoi les classements sont ainsi devenus des outils jaugeant la qualité de l’enseignement supérieur d’un État et donc, du pouvoir de celui-ci dans le nouvel ordre mondial.

De facture universitaire, cet ouvrage n’en est pas moins accessible à tout lecteur qui s’intéresse à la dynamique qui se construit autour des classements internationaux et qui alimente la concurrence mondiale entre universités. . . PDF


Jacinthe Gagnon
Octobre 2012

Parlons mondialisation en 30 questions



Fougier, Eddy
Parlons mondialisation
en 30 questions

Coll. Doc’en poche
La Documentation française
Paris
2012


Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), présente des clés permettant de comprendre les diverses composantes de la mondialisation et leurs effets. Très court et condensé, ce livre est destiné à informer rapidement et de manière pédagogique les lecteurs sur ce phénomène complexe. Il s’adresse davantage aux novices qu’aux spécialistes.

En premier lieu, l’auteur présente un panorama du sujet. Campant d’abord la mondialisation au cœur des débats actuels (mouvement des indignés, États face aux marchés, etc.), il propose une définition, puis explore brièvement l’histoire de ce processus. Fougier, qui compte la mouvance altermondialiste parmi ces domaines d’expertise, discute ensuite des éléments qui sous-tendent la mauvaise image de la mondialisation dans plusieurs pays industrialisés et des inquiétudes qu’elle suscite. Il aborde la question des clivages et des chocs engendrés par ce phénomène, indiquant que la réalité est plus nuancée que les adversaires de la mondialisation veulent le laisser croire. L’auteur traite du problème de la régulation de ce processus et du pouvoir des États. Selon lui, la poursuite de la mondialisation dépendra de son acceptation par ceux qui en subissent les conséquences négatives et de la façon dont les Occidentaux réagiront, au cours des prochaines années, devant leur appauvrissement relatif face aux économies émergentes. Six tableaux jalonnent cette première section : les dix acteurs, les dix personnalités, les dix grandes dates, les dix lieux, les dix chiffres et les dix sigles de la mondialisation.

La section suivante propose trente interrogations soulevées par les mécanismes de la mondialisation et ses effets, auxquelles Fougier répond de manière succincte. Ces questions couvrent une vaste gamme de sujets, notamment la fréquence des crises financières, le pouvoir des entreprises multinationales, le rôle des États, les gagnants et les perdants, l’emploi, les inégalités, l’environnement, les migrations, les pandémies, l’américanisation, les opposants à la mondialisation, la gouvernance, la paix et la démocratie.

Dans la dernière section du livre, l’auteur répond à huit questions formulées par des internautes sur le site de la Direction de l’information légale et administrative de la République française, www.vie-publique.fr. Cette partie de l’ouvrage, qui traite notamment du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale, des étapes historiques de la mondialisation, du rôle des transports, de la concurrence fiscale et du protectionnisme, est particulièrement informative.

Bien que certains des sujets discutés dans cet ouvrage soient abordés de manière relativement superficielle, il s’agit là d’un survol intéressant et assez complet des éléments qui composent la mondialisation. De plus, ce document suscite plusieurs questionnements et peut ainsi inciter le lecteur à s’informer davantage. À cet égard, on peut cependant regretter le nombre très restreint de sources proposées par l’auteur dans la bibliographie. . . PDF


Joëlle Paquet
Août 2012


Le Canada face au terrorisme international : Analyse d'une loi antiterroriste



Grenier, Émilie
Le Canada face au terrorisme international :
Analyse d’une loi antiterroriste

Coll. Justice internationale, L’Harmattan
2011


Dans cet ouvrage, publié en 2011, Grenier, spécialiste en droit international et analyste politique et juridique pour l’organisation Femmes Autochtones du Québec, traite des intérêts sécuritaires de l’État et des personnes et des droits de ces dernières dans le contexte de lutte contre le terrorisme qui prévaut depuis 2001. Elle analyse, plus particulièrement, la position du Canada en matière de sécurité, depuis l’adoption de la Loi antiterroriste canadienne (LAT) et l’interprétation judiciaire qui est faite de certaines de ses dispositions dans des cas exemplaires.

Convaincue de la nécessité de jeter un regard critique sur les pratiques gouvernementales canadiennes de sécurité et leur impact sur les droits et libertés individuels, l’auteure examine les fondements canadiens du contre-terrorisme et la place qu’occupent les droits humains dans les mesures mises en place dans cette lutte, nationale et internationale.

Après avoir détaillé la problématique, Grenier expose les principaux objectifs de la LAT, notamment, empêcher les terroristes d’entrer au Canada et la possibilité de les poursuivre en justice et d’imposer des sanctions. Elle signale que la tension qui peut exister, entre mesures de sécurité et respects des droits et libertés, doit être résolue par la recherche d’un équilibre entre l’un et l’autre. En cas de problème de cet ordre, les tribunaux ont la responsabilité de trancher la question. Il s’agit d’un aspect important de son propos qu’elle illustre à l’aide de l’interprétation judiciaire des dispositions de la LAT dans les affaires Arar, Suresh et Charkaoui qui ont soulevé des préoccupations en matière de droits de la personne.
 
Par la suite, elle scrute les définitions des concepts de sécurité et la notion d’équilibre à la lumière des « études critiques de sécurité » en relations internationales. Elle vise ainsi à remettre en question des notions floues et difficiles à définir, telles que «sécurité nationale», amplement utilisées par les gouvernements afin de défendre la mise en place de certaines mesures de sécurité.

Cet ouvrage met en lumière la conception de la sécurité de la Cour suprême, de la Cour fédérale et du gouvernement du Canada; une conception dont l’objet principal est la sécurité de l’État, sécurité nationale comprise ici plus largement qu’à l’époque de la Guerre Froide. Par ailleurs, Grenier mentionne que la notion de sécurité humaine, présente dans la Politique étrangère canadienne, vient désigner l’idée de la protection des droits de la personne comme un objet de sécurité.

En conclusion, l’auteure propose des pistes de solutions qui permettraient de limiter les conséquences négatives des mesures de sécurité sur les droits de la personne. La nécessité d’une meilleure concertation, entre législateurs et juges, lors de l’examen de la LAT, en est un exemple.

Malgré le caractère un peu répétitif des entrées en matière, cet ouvrage s’avère être un texte pertinent qui montre bien la façon dont le Canada se positionne face aux problèmes éthiques et juridiques relatifs à la place des droits de la personne dans la lutte contre le terrorisme. L’auteure résume bien le point de vue des chercheurs et autres spécialistes concernant les dispositions qui posent problème dans la LAT canadienne. L’analyse critique des définitions relatives à la sécurité et la critique de la quête d’un équilibre entre des impératifs de sécurité et les droits et libertés dans le contexte de la lutte mondiale contre le terrorisme offrent un éclairage intéressant sur les orientations prises par le gouvernement canadien et les décisions rendues dans certaines affaires judiciaires. Enfin, une riche bibliographie recense les principaux auteurs actuels concernés par les questions de sécurité. Un ouvrage intéressant pour quiconque s’intéresse au terrorisme, à la sécurité et aux droits et libertés . . . PDF


Monica Tremblay
Avril 2012



Jeux et enjeu de la planétisation. Patrimoine ? Culture - Monde



Hannequart, Isabelle
Jeux et enjeu de la planétisation. Patrimoine – Culture - Monde
Paris, Éditions L’Harmattan
2011

La culture représenterait le meilleur indicateur et le laboratoire par excellence pour étudier le phénomène de la mondialisation : c’est par cette proposition audacieuse qu’Isabelle Hannequart amorce sa réflexion sur l’avenir des sociétés. Plus que les éléments politiques, économiques ou sociaux, croit-elle, la culture serait le terrain sur lequel le point d’équilibre de la mondialisation pourrait être atteint.

Avec ce deuxième ouvrage s’intéressant à la mondialisation, Isabelle Hannequart propose de démontrer de façon scientifique que la combinaison de trois éléments détermine l’orientation des sociétés, qui basculeront soit vers la mondialisation plurielle, soit vers l’uniformisation globalisante. Sont d’abord définis ces trois éléments que sont le patrimoine, la culture et le Monde – ce dernier élément signifiant à la fois l’aire, le lieu, tout autant que l’espace humain et les réalités de chacun qui s’entrechoquent. Leurs interactions sont ensuite présentées. L’analyse des diverses combinaisons entre ces trois constituants amène l’auteure à souligner la difficulté d’atteindre l’équilibre qui permettrait le cheminement vers une mondialisation plurielle.

Au rythme d’exemples puisés à même les politiques nationales et les instruments juridiques internationaux, elle en identifie les faiblesses et présente les principaux enseignements que l’on puisse en tirer. Ainsi, l’auteure examine de plus près les politiques et programmes mis en œuvre par les institutions de l’Union européenne afin d’évaluer la capacité des États d’y inclure les trois composantes – patrimoine, culture, Monde. Hannequart défend l’idée que les gouvernements, tout comme les organisations internationales et autres acteurs de la société, doivent élaborer des politiques qui assureront la prise en compte de chacun de ces éléments.

La force de cet ouvrage tient notamment à l’utilisation d’une approche scientifique, relativement nouvelle, pour appréhender la question de la place de la culture dans la mondialisation. Cette approche transdisciplinaire, de même que les outils servant à la validation de la proposition de l’auteure, sont étayés à la dernière partie du livre. De plus, en ayant recours aux nombreuses publications traitant du lien entre culture et mondialisation, Hannequart offre au lecteur une revue de littérature comprenant les sources les plus récentes et pertinentes.

Il s’agit donc d’un ouvrage bien ficelé qui intéressa les chercheurs, par son approche scientifique, tout autant que les praticiens, par son analyse des politiques culturelles . . . PDF


Jacinthe Gagnon
Février 2012


Health and Globalization



Cockerham, Geoffrey B. and
William C. Cockerham
Health and Globalization
Polity Press
2010

Ce livre, publié en juin 2010, examine les effets de la mondialisation sur la santé. Geoffrey B. Cockerham est professeur adjoint en Science politique à l’Utah Valley University et William C. Cockerham est professeur émérite de sociologie à l’université d’Alabama à Birmingham.

Cockerham et Cockerham traitent dans cet ouvrage de la manière dont la période actuelle de mondialisation a un impact sur la santé dans son acception large, c'est-à-dire un état global de bien-être, physique, mental et social. Ils font ressortir l’importance des divers réseaux dans la transmission des problèmes autant que dans l’identification de solutions en matière de santé. Dans l’ensemble, ils montrent, d’une part, l’apport positif de la mondialisation pour la santé et, d’autre part, les problèmes de santé qui en découlent.

Dans un premier temps, les auteurs passent en revue les grandes lignes de l’histoire de la mondialisation et en dégagent les caractéristiques actuelles. Ils expliquent et mettent ainsi en contexte l’évolution des liens entre santé et gouvernance mondiale, notions qu’ils prennent aussi le soin de définir. Plus que jamais, la mondialisation met en contact les personnes et les maladies ainsi que les acteurs qui œuvrent à trouver des solutions aux problèmes.
Les enjeux pour la santé en lien avec la mondialisation sont ensuite examinés par les auteurs. Ils traitent, parmi les risques, de ce qu’ils qualifient d’effet néfaste le plus important de la mondialisation sur la santé : les pandémies. L’apparition de ces dernières est plus risquée qu’autrefois compte tenu de la rapidité de propagation accrue des maladies, notamment à cause des moyens de transport qui ne laissent même plus le temps aux symptômes de se manifester chez un individu avant d’avoir traversé la planète. Par ailleurs, expliquent les auteurs, l’obtention de meilleurs soins et l’accès aux médicaments, à un coût moindre, peuvent être attribués aux effets positifs de la mondialisation.

Les auteurs jettent aussi un regard sur la gestion des services de santé dans des pays au niveau de développement différent. Des États-Unis au Kenya, en passant par le Royaume-Uni, la Chine et la Russie, ils expliquent comment les pays s’adaptent aux pressions de la mondialisation et, à leur façon, influencent la gestion mondiale de la santé.
La dernière partie de l’ouvrage relate le rôle des nombreux acteurs qui interagissent entre eux et leur responsabilité dans la gouvernance de la santé mondiale. Les gouvernements, les organisations internationales, les multinationales, les organisations non gouvernementales et les réseaux de chercheurs, tous exercent des pressions dans la prise de décisions pouvant affecter la santé à l’échelle locale et mondiale. Les auteurs soulignent, entre autres, de quelle façon les accords de l’OMC peuvent avoir des effets sur le système de santé des États et, par conséquent, sur la santé de la population. Avec un esprit lucide, les auteurs attirent l’attention sur la place qu’occupent les multinationales dans la gouvernance mondiale de la santé. Ils précisent de quelle manière elles représentent, à la fois, un avantage en matière de recherche et développement des soins et un risque d’augmentation des inégalités d’accès aux soins de santé, particulièrement dans les pays moins développés.
Afin d’illustrer les conséquences des interdépendances et de la coopération, les auteurs se penchent, en terminant, sur des questions de santé collective et sur les retombées de l’action mondiale. Ils retiennent le cas des maladies transmissibles, dont le sida, et l’impact de l’action mondiale sur la réglementation du tabac dans la lutte contre la multiplication des maladies non transmissibles.
Cet ouvrage offre un tour d’horizon intéressant sur les interdépendances qui existent entre santé et mondialisation. Il explique, de façon claire, les répercussions de la mondialisation sur la santé à l’échelle locale, nationale et internationale. Bien documenté, il s’agit d’un livre essentiel pour les novices dans ce domaine et une source de référence pour les plus experts. . . PDF


Monica Tremblay
Novembre 2011



How Hidden Fractures Still Threaten the World Economy


Rajan, Raghuram G.
Fault Lines – How Hidden Fractures
Still Threaten the World Economy
Princeton University Press
2010
 

Trois ans avant l’éclatement de la récente crise économique, alors que Wall Street se félicitait des progrès prodigieux réalisés dans le secteur financier, un économiste faisait bande à part. Dès 2005, Raghuram G. Rajan, alors conseiller économique et directeur de la recherche au Fonds monétaire international (FMI), émettait de sérieux doutes quant à la stabilité du système financier international. Affichant une position critique face au legs laissé par Alan Greenspan après vingt ans à la tête de la Réserve fédérale américaine, il est l’un des premiers à avoir sonné l’alarme.

Dans cet ouvrage, l’auteur met en garde la communauté internationale et les autorités américaines contre les failles qui menaceraient toujours l’économie mondiale. Sans imputer de causes précises à la crise, il identifie une multitude de facteurs isolés qui, combinés sous l’effet de la mondialisation, accroitraient les risques de catastrophes. Par analogie aux fractures géologiques le long desquelles surviennent les tremblements de terre, Rajan répertorie trois principaux types de problèmes qui constitueraient des « lignes de faille » fragilisant le système financier mondial.

Plusieurs de ces faiblesses seraient d’abord attribuables à la politique interne des États-Unis. Après 2001, le taux d’inactivité au sein de l’économie américaine est demeuré élevé, malgré une croissance économique soutenue; des lacunes en matière de capital humain expliqueraient cette situation paradoxale. Le système politique américain serait sensible à ce phénomène, appelé jobless recovery, en raison de la faiblesse du filet social du pays. Par conséquent, les autorités américaines auraient mis de l’avant des mesures électoralistes destinées à compenser ces lacunes structurelles. Les politiques d’accès à la propriété, essentiellement fondées sur la libéralisation du crédit, se révéleraient particulièrement problématiques.

L’auteur attribue le deuxième ensemble de lignes de faille aux déséquilibres mondiaux. Certains pays, dont l’Allemagne, la Chine et le Japon, seraient coincés dans une logique de développement où leur stratégie de croissance, axée sur l’exportation, minerait le développement de leur marché interne.

Les déséquilibres mondiaux seraient particulièrement pervers lorsqu’additionnés à la dernière catégorie de lignes de faille, soit la rencontre de systèmes économiques fondés sur des idéologies différentes. Les dollars américains dirigés vers les pays qui affichent un excédent commercial seraient réinjectés dans l’économie américaine; les investisseurs étrangers y seraient, entre autres, incités par l’existence des garanties consenties par le gouvernement aux institutions financières Fannie Mae et Freddy Mac. Ces dernières disposent d’une ligne de crédit à taux privilégié garantie par l'État. Dans un contexte caractérisé par la dérégulation, l’innovation financière et l’engagement à peine voilé de la Réserve fédérale américaine à maintenir ses taux d’intérêt à un niveau plancher, cet afflux de capitaux aurait favorisé une prise de risques excessive et généralisée.

Sans tomber dans le piège de la simplification abusive, l’auteur présente un tableau accessible et cohérent des principaux risques qui menacent l’économie mondiale. En allant au-delà des causes superficielles de la récente crise financière, Fault Lines se présente comme une lecture incontournable. . . PDF


Lucie Verreault
Septembre 2011

The Great Brain Race : How Global Universities are reshaping the World



Wildavsky, Ben 
The Great Brain Race :
How Global Universities are
reshaping the World
Prince ton University Press
2010


En 2010, on estimait que 3 millions d'étudiants fréquentaient une université à l'étranger. Les partenariats, les échanges, mais aussi les luttes et rivalités entre les institutions sont désormais le théâtre de la mondialisation de l’enseignement supérieur. Membre de la prestigieuse Fondation Kauffman et chercheur à l’Institut Brookings, Ben Wildavsky présente dans cet essai les nouvelles tendances du marché mondial de la connaissance, des derniers enjeux de la mobilité étudiante aux stratégies mises en place par les États pour gagner la «grande course aux cerveaux ».

Les premiers chapitres brossent un portrait réaliste d’un phénomène en pleine croissance – et irréversible, selon l’auteur – celui de la globalisation de l’enseignement supérieur, où les classements internationaux des universités et les mesures étatiques jouent un rôle crucial. Recrutement d’étudiants étrangers, universités virtuelles, programmes de diplômes conjoints, universités-franchises, campus à l’étranger font maintenant partie des stratégies et forcent une redéfinition du rôle des institutions dans l’économie du savoir. S'appuyant sur une centaine d'entretiens avec des responsables d'établissements en Asie, au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, les analyses comparées présentées – illustrées d’exemples concrets – permettent un éclairage nouveau sur cet univers complexe et ses conséquences sur l’économie mondiale.

Dans certains pays – la Chine et l’Inde en sont des exemples notoires – la concurrence et la « fuite des cerveaux » soulèvent de nombreuses inquiétudes et conduisent à un réel « protectionnisme universitaire ». Convaincu que l’internationalisation de l’enseignement supérieur devrait être accueillie favorablement – et non redoutée – Wildavsky invite, dans la seconde partie de son ouvrage, les pouvoirs publics à s’investir davantage dans ce qu’il appelle le « libre-échange des esprits ». Prônant que la diffusion du savoir n’est pas un jeu à somme nulle, il avance qu’une compétition saine, basée sur le mérite universitaire, contribuerait à renforcer des économies diversifiées, fondées sur le savoir. En ce sens, l’auteur souligne et déplore les comportements et tentatives protectionnistes de certains États pour ralentir la mobilité étudiante et contrôler le « libre marché » des diplômes et talents.

Méticuleusement documenté, actuel et pertinent, cet essai n’en demeure pas moins provocant et original. Il s’adresse à quiconque cherche à comprendre comment la guerre mondiale que se livrent les universités pour attirer les « grands cerveaux » transforme progressivement le milieu de l’enseignement supérieur. . . PDF

Marie-Pierre Busson
Août 2011

La globalisation de la surveillance


Mattelart, Armand
La globalisation
de la surveillance
La Découverte / Poche
2008

Cet essai, publié en 2008, jette un regard sur l’évolution et les transformations dans les domaines de la sécurité et de la liberté dans les sociétés démocratiques, depuis la fin du XIXe siècle. L’auteur, professeur émérite de sciences de l’information et de la communication à l’université Paris VIII, a beaucoup écrit sur les questions de culture et de mondialisation. Il a enseigné au Chili d’où il a été expulsé sous la dictature du général Pinochet. Il est un des signataires du manifeste de Porto Alegre pour un changement de société.

À l’heure où il est souvent question d’implantation de technologies de contrôle et de surveillance, entre autres, afin de lutter contre le terrorisme international et assurer la sécurité de la population et des États, ce livre s’intéresse aux arguments historiques de la sécurité et de l’insécurité qui ont justifié l’installation de divers dispositifs de surveillance et de contrôle et dont on ne s’étonne parfois même plus. L’auteur aborde aussi le dilemme sécurité et liberté, présent depuis des siècles, en soulignant néanmoins que jamais il n’a connu l’intensité d’aujourd’hui.

Trois questions guident l’auteur dans ce livre : Comment des situations d’urgence ou d’exception font en sorte que des concepts et des doctrines qui servent à « prescrire un profil d’ennemi» se développent et s’installent? De quelle manière se sont implantés des systèmes sociotechniques qui ont favorisé un accroissement de l’utilisation des technologies pouvant porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ? D’où émane« l’internationalisation des pratiques et des doctrines dites de sécurité nationale » au nom de la démocratie ?

Les premiers chapitres présentent la réflexion et les écrits d’intellectuels et de théoriciens, dans les domaines de la philosophie, de la psychologie et de la sociologie qui se sont intéressés, entre autres, aux criminels et à la façon d’établir une typologie de ceux-ci, aux aspects de psychologie du public et de liberté d’expression. Ces derniers ont aussi tenté de comprendre comment peu à peu des techniques de contrôle et de surveillance se sont développées. Ils offrent à l’auteur une grille d’analyse des conceptions et des mesures de sécurité déployées au fil du temps.

Des empreintes digitales aux puces d’identification, en passant par le système d’écoute planétaire ECHELON, les lois sur l’informatique et la protection de la vie privée, la mise en place d’organisations telle Europol, la lutte contre le terrorisme et les actions militaires de contrôle, tout est scruté afin de mieux comprendre l’état actuel des questions de sécurité.

L’auteur examine différents événements qui ont eu un impact sur les mouvements de contrôle, notamment les attentats du 11 septembre 2001. Une partie de l’ouvrage traite de la manière dont les États agissent au nom de la « sécurité nationale». Les actions politiques des États-Unis à cet égard servent d’illustration. La situation politique du Chili et du Brésil est aussi observée sous cet angle. L’auteur explique comment la lutte contre certains problèmes crée des « alliances » et internationalise certaines pratiques. Il constate en conclusion qu’il existe actuellement une « obsession sécuritaire ».

Ce livre propose une lecture critique de l’évolution de la conception de la sécurité et des mesures mises en place afin de répondre aux attentes de sécurité. Solidement documenté, cet ouvrage est basé sur de nombreux faits historiques ainsi que sur la réflexion et les travaux d’intellectuels qui ont examiné les questions de l’ordre social et de la sécurité. Un outil très utile pour quiconque souhaite découvrir et comprendre le contexte dans lequel se sont forgés de nombreux défis et enjeux de société actuels en matière de sécurité. . . PDF 

Monica Tremblay
Juin 2011

A global green new deal ? Rethinking the Economic Recovery

 
Barbier, Edward B.
A global green new deal – Rethinking the Economic Recovery
Cambridge University Press,
2010.

Ces dernières années ont vu se multiplier les situations d’urgence : crises financière, alimentaire et pétrolière, accélération des changements climatiques et raréfaction des ressources en eau. Que peuvent faire les États face à la multiplication des problèmes qui découlent du modèle économique mondial? Inspiré du concept de New Deal lancé par Roosevelt dans les années 1930, Edward B. Barbier propose un plan d’action pragmatique visant à modifier la trajectoire de l’économie mondiale : A global green new deal.

La première partie présente un plaidoyer en faveur de l’adoption d’une nouvelle stratégie qui prône le « verdissement » de l’économie. Selon l’auteur, dans la mesure où les actions qu’il propose seraient rapidement mises en œuvre, elles contribueraient à atteindre trois principaux objectifs : 1) redynamiser de manière durable l’économie et créer de nouvelles possibilités d’emplois; 2) réduire la dépendance mondiale aux énergies fossiles, les dommages environnementaux et les pénuries d’eau; 3) contribuer à l’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement et œuvrer à l’élimination de la pauvreté.

La deuxième partie identifie des secteurs d’intervention prioritaires, selon le type de pays. D’une part, les États membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et les pays émergents devraient d’abord réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Pour ce faire, ils auraient avantage à favoriser l’établissement d’une fiscalité du carbone (taxes, permis échangeables, etc.), à renforcer les réseaux de transport collectif et à développer la recherche sur les énergies renouvelables. D’autre part, bien que la réduction de la dépendance au pétrole soit aussi recommandée pour les pays en développement, ces derniers devraient plutôt prioriser la mise en œuvre de mesures (fiscales, économiques et politiques) visant à contrer la raréfaction des ressources, notamment des ressources en eau douce. Pour tous les pays, un investissement minimal équivalent à 1% de leur produit intérieur brut (PIB) devrait être consacré aux priorités identifiées.

La troisième partie met en évidence l’importance de la coopération internationale dans la transition vers une économie globale durable. La gouvernance mondiale devrait être consolidée, notamment à travers l’élaboration de nouveaux mécanismes financiers qui favoriseraient l’accès au crédit pour les pays pauvres et le renforcement des incitatifs commerciaux, entre autres, par la conclusion des négociations du cycle de Doha à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon l’auteur, l’engagement formel du Groupe des 20 (G20) suffirait à donner l’impulsion requise à l’adoption de ce global green new deal par une masse critique de pays.

La quatrième partie présente un sommaire des recommandations. Elle contient également une section sur la complémentarité des investissements publics et privés. Alors que les sociétés privées investissent naturellement lorsque la rentabilité à court et moyen terme est élevée, le secteur public a la responsabilité de stimuler l’investissement dans les secteurs plus risqués.

Cet ouvrage est tiré d’un rapport préparé pour le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), en 2009. Malgré le caractère quelque peu répétitif de sa structure argumentative, cet ouvrage demeure l’un des textes fondateurs de l’économie verte, un courant dorénavant dominant des relations internationales de l’environnement.

Très bien documenté et synthétique, il permet une compréhension éclairée des interdépendances qui unissent le développement économique et les enjeux environnementaux mondiaux de l’heure. . . PDF


Lucie Verreault
Avril 2011

Diversité culturelle et droit international du commerce



Richieri-Hanania, Lilian.
Diversité culturelle et droit international du commerce
Centre d'études et de recherches internationales
et communautaires (CERIC),
La Documentation française, Paris,
2009.

La communauté internationale s’est engagée, au cours de la dernière décennie, dans une vaste entreprise visant à se doter d’objectifs et de normes en vue de relever le défi de la mondialisation de la culture – les conférences de Rio, Monterrey, Doha, Johannesburg ont jalonné ce parcours. Ces grandes concertations internationales ont débouché sur un consensus faisant de la préservation et de la promotion de la diversité culturelle un des objectifs majeurs du millénaire.

Si les produits et services culturels présentent des caractéristiques particulières, relevant de leur double dimension à la fois culturelle et économique, comment préserver et promouvoir la diversité culturelle en vertu du droit international économique? C’est autour de cette question centrale que Lilian Richieri Hanania a entrepris de lancer ses recherches, qui ont d’abord fait l’objet de sa thèse de doctorat. L’auteure nous offre dans cet ouvrage une vision complète du développement des mécanismes juridiques permettant de mieux tenir compte de la spécificité des services et produits culturels dans les échanges internationaux.

La première partie de l’étude s’intéresse à l’enchevêtrement des normes applicables aux produits et services culturels aux niveaux national et international. Ainsi, l’application des différents corps normatifs et la manière dont le droit international en vigueur (multilatéral, bilatéral ou régional) influe sur l’intervention étatique en faveur de la culture, y sont analysées. L’auteur illustre comment la marge de manœuvre des États est grandement réduite par la multiplicité des règles internationales. Elle souligne notamment l’incompatibilité de certaines politiques culturelles nationales avec un grand nombre de traités internationaux.

L’émergence progressive de la notion de « diversité culturelle », y compris le concept d’industries culturelles, parfois appelées industries créatives, est le thème central autour duquel s’articule la seconde partie de l’ouvrage. Ne se limitant pas à l’analyse de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO (2005), l’auteure examine la diversité culturelle sous l’angle de sa mise en œuvre commerciale. Elle reconnait que les produits et services culturels sont des véhicules de valeurs et d’identité, et souligne le déséquilibre des forces amené par les moyens de communication de masse et l’expansion des technologies du numérique. Enfin, elle plaide en faveur d'une offre culturelle diversifiée.

La nécessité d'un traitement juridique spécifique, dans ce contexte d’accélération des échanges internationaux inégalitaires, est justifiée selon trois axes d’actions interdépendants : le droit aux politiques culturelles, la diversité de l’offre par le contrôle de la concurrence et l’accès à la culture par le système de propriété intellectuelle.

Un ouvrage bien ficelé, utile et clair, pour quiconque cherche à comprendre la nature complexe des produits et services culturels, qui s’exprime par des particularités économiques mondiales distinctes et nombreuses. . .PDF

Marie-Pierre Busson
Mars 2011

The logic of discipline


Alasdair Roberts.
The logic of discipline
New York, Oxford University Press,
2010.

Les médias ont largement fait état, fin septembre 2010, du départ de la Maison Blanche du gourou économique du Président Obama, Larry Summers. Considéré comme un des plus brillants économistes américains, M. Summers aura eu la douteuse distinction (en tant que sous-secrétaire au Trésor) de jouer un rôle délétère de premier plan dans deux épisodes majeurs de l’histoire économique mondiale récente : le démantèlement du cadre législatif - la loi Glass-Steagal, adoptée pendant la Grande crise - qui avait assuré la stabilité du système bancaire américain pendant trois quarts de siècle; la reconstruction en catastrophe du même cadre législatif, dix ans plus tard, pour essayer de faire face à la monumentale crise bancaire à laquelle l’Amérique était confrontée. Il avait eu auparavant le loisir, à la Banque mondiale, de prêcher la pensée unique des économistes américains de l’École de Chicago aux pays en développement : moins d’État, des privatisations et ouverture à la mondialisation.

 

La carrière de M. Summers illustre de manière convaincante la thèse de l’ouvrage du Professeur Alasdair Roberts (qui a enseigné pendant cinq ans à l’Université Queens) : l’idéologie monétariste qui a dominé dans le monde des économistes à partir des années soixante dix est à l’origine de la catastrophe économique que nous venons de vivre.

 

L’auteur examine la période 1978 à 2008, alors qu’une majorité écrasante d’économistes et de nombreux acteurs politiques, le Président Reagan et la Première ministre Thatcher au premier rang, adoptèrent la thèse suivante : le processus démocratique dans les sociétés occidentales produisait des résultats économiques et sociaux néfastes, en l’absence d’un carcan et de la discipline du libéralisme économique. Les crises multiples traversées par les sociétés occidentales au cours des années soixante dix servaient à étayer ces positions. Afin de remédier à cette gabegie, seule l’application d’une discipline sévère obéissant à la logique des économistes du Siècle des lumières et de leurs successeurs, s’exprimant notamment dans l’hebdomadaire londonien The Economist, devait permettre à l’économie de se développer et au bien-être général de se répandre. Cette discipline imposée à l’État impliquait une forte diminution du rôle de celui-ci dans la vie économique et une autonomisation de nombreux processus décisionnels; d’où le foisonnement de régies et autorités de régulation en tous genres et l’atrophie des organes étatiques jusque là chargés de ces questions. M. Roberts explique, avec beaucoup de brio et de concision, comment ce type de raisonnement s’est très rapidement imposé au sein des pays de la zone OCDE, à partir d’un noyau d’États anglo-saxons.

 


La crise de 2008-2009 a brutalement sonné le réveil des responsables politiques, placés devant la faillite évidente des thèses libérales. M. Roberts n’utilise évidemment pas ce terme en anglais, puisque le libéralisme désigne en général la gauche dans cette langue. On s’aperçut que les banquiers ne s’appliquaient pas à eux-mêmes la discipline prêchée aux autres. L’hypothèse économique classique selon laquelle dans les modèles « toutes choses étaient égales par ailleurs » était inopérante. La cupidité et l’incompétence constituaient des explications beaucoup plus valables des événements que les vertus du marché. Le perdant était d’abord et avant tout le peuple, à qui on avait enlevé les moyens d’agir.

 


M. Roberts ne se contente pas de généralités et d’affirmations péremptoires. À l’aide d’un certain nombre d’exemples très précis - les infrastructures portuaires et aéroportuaires, les Banques centrales, les fameux PPP, le rôle juridique privilégié consenti désormais partout aux investisseurs étrangers (exemple : le chapitre 11 de l’ALÉNA) la création d’agences de revenus autonomes -processus dans lequel le Québec s’engage actuellement - Roberts examine méticuleusement à l’échelle mondiale les initiatives qui ont dépouillé les États de leur capacité d’agir dans ces domaines pourtant au cœur de l’action publique, en faveur d’autorités règlementaires apparemment indépendantes. Il démontre bien, dans nombre de cas, les limites de cette indépendance et met en lumière le rôle d’acteurs privés soucieux de leurs seuls profits. Dans tous les cas, des dysfonctionnements ont été observés, la logique tel qu’implantée s’est révélée largement inapplicable et des conflits entre la société civile et le monde politique se sont produits.

 


M Roberts n’offre pas de solutions simplistes (comme ceux qu’il critique) pour remédier à la situation détériorée dont nous avons hérité au lendemain de la descente aux enfers du monde bancaire occidental. On peut retenir, de la conclusion de ce court ouvrage décapant, un plaidoyer de l’auteur en faveur d’approches pragmatiques et modestes pour régler des problèmes liés à la réforme de l’état dont on a souvent sous-estimé la très grande complexité. Les économistes modernes, comme Summers, ont largement péché à cet égard. Comme le remarque l’auteur, en citant l’universitaire Douglass North :

 

« The single most important point about institutional change is that institutional change is overwhelmingly incremental. Although formal rules may change overnight as the result of political or judicial decisions, informal constraints embodied in customs, traditions and codes of conduct are much more impervious to deliberate policies ».

 


On peut espérer que les leçons dégagées de la lecture de cet ouvrage seront largement appliquées, mais à écouter nombre de ténors de Wall Street et quelques analystes sophistiqués comme le Prix Nobel Krugman, on peut en douter. . . .
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Christopher Malone

 

Novembre 2010

 

 

 

 

Globalizing Education Policy


Rizvi, Fazal & Bob Lingard.
Globalizing Education Policy
Routledge,
2010.

La mondialisation a eu un impact significatif sur les politiques d’éducation à travers le monde. L’approche de l’État providence a cédé sa place à une vision néolibérale qui mise sur les solutions du marché et sur un interventionnisme étatique limité. Les politiques d’éducation dorénavant mondialisées, c'est-à-dire influencées par des acteurs autres que les seuls gouvernements – organisations internationales, lobbys, entreprises privées – une nouvelle approche pour les analyser est requise.

 

C’est à partir de cette constatation que les auteurs de cet ouvrage organisent leur démonstration. Particulièrement intéressant pour les analystes de politiques, le raisonnement proposé s’appuie sur une vaste et solide littérature scientifique au sujet de la mondialisation et de ses impacts sur les politiques publiques.

 

Dès les premiers chapitres, on met l’accent sur les diverses conséquences de la mondialisation sur les sociétés en général et sur le processus d’élaboration des politiques d’éducation en particulier. Les auteurs postulent que les politiques d’éducation ont été remodelées suivant une logique néolibérale. Dans les circonstances, plusieurs gouvernements considèrent l’éducation comme la meilleure politique économique, le moyen par excellence d’assurer la compétitivité de l’économie nationale sur la scène internationale.

 


Suit ensuite la description des différentes approches théoriques pour analyser les politiques d’éducation élaborées en contexte de mondialisation. Les principaux champs pour lesquels sont aujourd’hui élaborées les politiques d’éducation – économie du savoir, apprentissage tout au long de la vie, privatisation et internationalisation - sont passés en revue.

 


Les différents acteurs et leur influence sur la formulation des politiques sont également étudiés, tout comme les enjeux contemporains liés à la mobilité des personnes, accentuée au cours des dernières décennies. Les implications de ces phénomènes font l’objet d’un examen détaillé qui amène les auteurs à clore leur argumentaire par un chapitre sur les alternatives à la vision néolibérale en éducation.

 

Un ouvrage bien documenté, actuel et pertinent pour chercheurs et praticiens du domaine de l’éducation. . . PDF


 

Jacinthe Gagnon

Octobre 2010

Histoire de la mondialisation

Bénichi, Régis
Histoire de la mondialisation, 2ième édition
Paris,
Librairie Vuibert,
2006.


« La mondialisation est un processus historique de longue durée qui accompagne l’histoire du capitalisme depuis au moins cinq siècles. Loin d’être aussi une tendance linéaire et irréversible, la mondialisation comporte des fortes alternances entre des phases d’ouverture et d’essor des échanges et des phases d’arrêt ou même de repli parfois très prononcé. »

 
Régis Bénichi, de l’Institut d’études politiques de Paris (1980 à 2000), nous livre dans cet ouvrage un récit riche et complet de la mondialisation économique, depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours.


La première partie du livre est consacrée à la mondialisation des échanges, des flux financiers et des migrations, ainsi qu’à la course aux colonies et au partage du monde, au cours du XIXe siècle. Cette période affichait un essor exceptionnel du commerce international et une croissance remarquable des exportations de capitaux.
  

La deuxième partie de la publication traite du repli du processus de mondialisation au cours de la période de l’entre deux guerres mondiales. Ce mouvement, déjà affaibli durant les années 1920 en raison de désordres monétaires et financiers, allait connaître un étiolement marqué causé par le déclin de l’Europe, force motrice de la mondialisation, de même que l’ampleur des déséquilibres accumulés depuis 1914. L’économie mondiale connaît alors une fragmentation en blocs antagonistes et agressifs.
 

La troisième partie de l’ouvrage explore la mondialisation contemporaine, de sa renaissance progressive au cours des Trente Glorieuses à son accélération et son élargissement à de nouveaux partenaires depuis les années 1980. L’auteur aborde la question de l’accroissement des inégalités entre le Nord et le Sud au cours de cette période, en plus de se pencher sur les caractéristiques de la mondialisation financière. 

 

Bénichi analyse, dans la quatrième partie du livre, le phénomène de la régionalisation et ses conséquences. Il présente ensuite dans la cinquième partie les points de vue du Sud, de l’Est, du Nord et des mouvements altermondialistes sur la mondialisation, ainsi que les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour y faire face.

Cette « Histoire de la mondialisation » permet de mettre en perspective les caractéristiques de la mondialisation actuelle et de faire des parallèles avec les phases antérieures de ce processus. . .PDF  

 

 

Joëlle Paquet

Septembre 2010


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Le plan B : pour un pacte écologique mondial

 
Brown, Lester R.
Le plan B : pour un pacte écologique mondial
Titre original : Plan B 2.0: Rescuing a Planet under Stress and a Civilization in Trouble,
Hachette Littératures,
2008.

«
Notre économie globalisée dépasse la capacité de la planète à la soutenir, poussant notre civilisation de ce début de XXIe siècle vers le déclin et peut-être vers l'effondrement ». C'est sur ce constat alarmant que débute cet ouvrage de Lester B. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute. Publié en version originale en 2006 et en version française en 2008, ce livre présente une analyse détaillée des défis environnementaux, sociaux et économiques auxquels notre planète est confrontée. L'émergence d'une « géopolitique de la pénurie » pourrait même renverser le cours de la mondialisation économique. Selon l'auteur, nous devons impérativement tirer les leçons que nous enseignent les anciennes civilisations disparues, notamment les Sumériens et les Mayas, dont l'organisation économique était incompatible avec les limites imposées par l'environnement.

La première partie de l'ouvrage, intitulée « une civilisation en danger », brosse le tableau de la situation environnementale, en particulier le déclin des réserves de pétrole, les pénuries d'eau douce, le réchauffement climatique, la déforestation, l'érosion des sols et la détérioration de la diversité biologique. Brown discute également des signes précurseurs du déclin de notre civilisation, notamment la chute de l'espérance de vie en Afrique, l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, l'aggravation des défis de santé publique, l'impasse du modèle économique basé sur le jetable et les conflits autour du contrôle des ressources.

La deuxième partie du livre, le plan B, traite des cinq grandes mesures à mettre en ?uvre afin de corriger la situation : éradiquer la pauvreté, remettre la planète en état, nourrir correctement 7 milliards d'individus, stabiliser le climat et concevoir des cités pérennes.

Enfin, la troisième partie présente de façon plus détaillée la vision de l'auteur. Celui-ci appelle à une révolution environnementale et à l'élaboration d'une « éco-économie », notamment grâce au redéploiement de la fiscalité et des subventions et à l'utilisation des certifications écologiques. Selon Brown, la construction d'un avenir meilleur nécessite une mobilisation sans précédent afin de réaliser la restructuration de l'économie qui permettra de restaurer les écosystèmes, d'éradiquer la pauvreté et de stabiliser la population mondiale. Ce plan ambitieux s'appuierait sur un budget de 161 milliards de dollars par année, c'est-à-dire le sixième des dépenses militaires mondiales.

Cette description sans complaisance des limites du modèle économique actuel et des gigantesques défis auxquels nous sommes confrontés peut entraîner un sentiment de découragement. Néanmoins, la foi affichée par l'auteur dans le potentiel offert par les nouvelles technologies, en particulier les sources d'énergie renouvelables, suscite l'espoir et surtout la volonté de changer le cours des choses. . .PDF

Joëlle Paquet
Mai 2010

La globalisation humaine

Wihtol de Wenden, Catherine.
La globalisation humaine
Presses Universitaires de France,
2009
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Ce livre, publié en 2009, jette un regard sur le phénomène des migrations dans le contexte international actuel. L'auteure, spécialiste en la matière, est, notamment, directrice de recherche au CNRS/CERI le principal centre de recherches en France sur les relations internationales et les aires culturelles et politiques. Elle est, de plus, consultante pour le Haut-commissariat aux Réfugiés.

Les flux migratoires sont intimement liés à la mondialisation puisqu'ils en sont, à la fois, causes et effets. Cet ouvrage brosse un tableau des migrations dans le monde en observant leurs transformations en divers endroits de la planète, principalement depuis la chute du mur de Berlin. Il montre aussi les changements qui ont suivi en matière de gestion des migrations.

L'auteure traite d'abord, de manière générale, pour l'ensemble de la planète, des causes et des types de migrations, des motivations des migrants et signale quelques enjeux provoqués par les migrations. Elle s'intéresse ensuite aux flux migratoires par région géopolitique et détaille, pour chacune, les particularités qui provoquent les mouvements intérieurs et extérieurs. Certains pays, dont l'Allemagne, l'Italie, la Turquie, les États-Unis, le Canada, la Chine et l'Australie, font, en outre, l'objet d'un examen particulier. L'auteure offre ainsi des informations sur les différentes vagues de migration et montre l'influence des contextes historiques, politiques, économiques et sociaux sur celles-ci afin de révéler la complexité des systèmes migratoires.

Le livre examine aussi les politiques migratoires ou de maîtrise des flux de mouvement des personnes par région et plus spécifiquement dans certains États. Il fait ressortir les spécificités de gestion des migrations dans ces États et les difficultés qu'elles soulèvent à l'égard d'une gestion régionale de l'immigration. Certaines procédures peuvent, notamment, être harmonisées quant à l'entrée au pays, mais ce n'est pas le cas des dispositions relatives au séjour qui sont sous la responsabilité de chaque État, spécialement en Europe.

Ce regard sur l'état de situation dans le monde permet de dégager les orientations qui existent afin « de faire une place » aux immigrants. L'auteure identifie les éléments à la base des orientations adoptées par les États, parfois, économiques, ou sociodémographiques, ou encore selon les objectifs d'accueil des immigrants. Elle fait ainsi ressortir l'interrelation qui existe entre les migrations humaines et différents aspects reliés à la mondialisation, tels que l'économie et les problèmes de sécurité frontalière.

Parmi les enjeux mis en lumière par l'auteure, notons les problèmes posés par les migrations aux pays de départs, d'accueil et de transit ainsi que les démarches des ONG en faveur d'une gouvernance mondiale des migrations. En terminant, l'auteure plaide pour un principe universel qui reconnaîtrait la migration comme un droit individuel, droit pour lequel la gestion des États se ferait sur la base de restrictions et non pas d'interdictions.

Cet écrit offre un condensé du fait migratoire et des enjeux qu'il soulève. Il peut s'avérer fort utile comme point de départ aux réflexions et travaux sur le sujet, de même qu'aux non-initiés qui tentent de mieux comprendre les migrations humaines actuelles...PDF


Monica Tremblay 
Avril 2010

Les enjeux de la mondialisation culturelle

Tardif, Jean & Joëlle Farchy.
Les enjeux de la mondialisation culturelle
Paris,
Éditions Hors commerce,
2006.

La culture est l'une des composantes essentielles de l'organisation d'une société. La mondialisation a bousculé cette facette de l'aménagement social, notamment par les transformations liées à l'accroissement des flux migratoires, de même qu'au développement technologique. Au coeur de cet ouvrage, la mondialisation culturelle « un processus qui définit les interactions humaines et dont les médias en sont les principaux vecteurs » fait l'objet d'un examen systématique. Le pluralisme culturel à l'échelle mondiale, en tant que projet politique fondateur des sociétés, serait-il l'alternative au choc des civilisations ? Telle est la vision qui se dégage des propos contenus dans cet ouvrage aux accents anthropologiques, sociologiques et politiques que proposent Tardif et Farchy.

Ce livre explore, dans un premier temps, l'émergence de la culture parmi les sujets de préoccupation mondiale et parcourt les différentes notions qui se rapportent à la mondialisation culturelle. On y examine tour à tour les liens entre la culture et les notions d'identité, de territorialité, de souveraineté afin d'étayer l'idée selon laquelle la mondialisation transforme les rapports entre l'acteur individuel et son milieu social.

La seconde partie de l'ouvrage repose sur l'idée que, pour maîtriser la mondialisation culturelle, il est nécessaire de développer de nouvelles approches. Selon les auteurs, cette emprise sur les processus globaux passe par une meilleure gouvernance mondiale. L'autorité de l'État, bien que ce dernier demeure un acteur légitime au niveau international, est fragilisée par la mondialisation. S'appuyant sur le postulat que la mondialisation doit être maitrisée et que l'État ne peut y parvenir seul, une coopération doit s'établir entre celui-ci, le secteur privé et la société civile. La dimension politique est fondamentale pour répondre aux défis de la mondialisation, cependant, sa forme doit être repensée.

Tardif et Farchy avancent l'idée que l'intervention politique peut passer par de nouveaux acteurs, tels que les aires géoculturelles, parmi lesquelles on retrouve la Francophonie, et que ces entités devraient jouer un rôle prépondérant dans la gouvernance mondiale. Ils affirment que les enjeux géoculturels doivent dorénavant être traités avec autant d'importance que les enjeux géopolitiques et géoéconomiques. Cette nouvelle forme de gouvernance répondrait à la nécessité de revitaliser et redéfinir le rôle de l'État, à travers de nouveaux espaces. Elle permettrait aussi d'établir le pluralisme culturel comme projet politique visant à maîtriser la mondialisation culturelle.

Cet ouvrage touffu ne passe pas sous silence aucun enjeu lié à la mondialisation et à la culture. Il s'agit donc d'une lecture incontournable pour qui tente de mieux comprendre cette facette souvent occulté du débat sur la mondialisation. . . .PDF

Jacinthe Gagnon
Mars 2010

 

Un autre monde : contre le fanatisme de marché

Stiglitz, Joseph E.
Un autre monde : contre le fanatisme de marché
Titre original : Making Globalization Work
Librairie Arthème Fayard
2006.

Ce livre, publié en 2006, est la plus récente contribution du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz aux débats concernant les ratés du processus de mondialisation économique. L'auteur, qui est reconnu comme un des plus grands spécialistes de la question, a été conseiller économique à la Maison-Blanche auprès de Bill Clinton, puis économiste en chef et vice-président de la Banque Mondiale, entre 1997 et 2000.

En se basant sur la théorie économique et ses observations sur le terrain, Stiglitz porte un regard critique sur la mondialisation et sur les échecs et injustices liés à la façon dont elle a été gérée jusqu'à maintenant. Il propose plusieurs améliorations spécifiques au fonctionnement de la mondialisation.

L'auteur passe en revue l'histoire de la mondialisation depuis la fin de la Guerre Froide. Il explique la façon dont elle a provoqué des déséquilibres entre et à l'intérieur des États, ce qui soulève des mécontentements autant dans les pays développés que dans les pays en développement. Si elle a entraîné une augmentation de la pauvreté dans plusieurs pays en développement, en particulier en Afrique, la mondialisation a cependant joué un rôle dans les succès les plus éclatants des pays émergents, notamment celui de la Chine. Face aux limites du marché, Stiglitz démontre que l'État à un rôle important à jouer dans la règlementation de l'activité économique et considère que certaines interventions dans l'économie sont souhaitables.

Stiglitz présente les progrès accomplis et indique le chemin qu'il reste à parcourir dans six domaines : la réduction de la pauvreté et le développement, l'aide étrangère et l'allègement de la dette, le commerce équitable, la libéralisation et la propriété intellectuelle, la protection de l'environnement et la gouvernance mondiale. L'auteur considère que la mondialisation économique est allée beaucoup plus vite que la mondialisation politique, ce qui a entraîné un déficit démocratique dans la gestion de l'intégration économique. Il prône une vaste réforme du système de gouvernance économique mondiale et la mise en place d'un régime international où le bien-être des pays développés et en développement sera mieux équilibré. Stiglitz propose en fait l'instauration d'un nouveau contrat social mondial plus juste et équitable.

Cet ouvrage présente de façon claire et accessible autant la théorie économique que l'historique des processus de la mondialisation économique. L'auteur illustre par des exemples concrets les problèmes qu'il soulève, en plus de proposer des solutions tangibles . . . PDF


Joëlle Paquet
Décembre 2009

Une école pour le monde, une école pour tout le monde

 

Berthelot, Jocelyn
Une école pour le monde, une école pour tout le monde
L'éducation québecoise dans le contexte de la mondialisation.
Montréal, VLB Éditeur, 2006.

La phase actuelle de la mondialisation contribue à transformer le visage de l'éducation, au Québec et ailleurs dans le monde. La construction d'un nouveau modèle éducatif - inspiré des principes des institutions internationales économiques, par opposition au modèle précédent, à caractère national - est au centre des réflexions de l'auteur. La mondialisation a bouleversé bon nombre de domaines d'activités pour lesquels l'État était seul maître d'oeuvre. Le rôle de ce dernier a changé ; les responsabilités qui lui incombaient autrefois ont été redéfinies en fonction de l'arrivée et de la présence d'autres acteurs. Tout comme l'État, le secteur de l'éducation - et plusieurs autres - est en train de subir d'importantes mutations. On remet en question sa mission, sa structure, ses objectifs. Sous le poids de la philosophie marchande et néolibérale qui prédomine, on réforme le système afin qu'il réponde aux besoins de ce nouvel ordre mondial. Le modèle éducatif qui s'impose peu à peu emprunte ses bases aux pratiques entrepreneuriales et s'accompagne d'une vision centrée sur le libre-choix individuel plutôt que sur le bien-être collectif.

Ce sont quelques uns des constats à la base du raisonnement présenté par l'auteur. En plus d'alerter le lecteur sur les conséquences irrémédiables de placer le marché au centre des préoccupations en éducation, Berthelot formule des propositions alternatives pour remettre au coeur des enjeux, l'éducation en tant que bien commun.

Afin de bien cerner le phénomène de mondialisation et les effets qui l'accompagnent, le premier chapitre du livre présente un rappel historique de ce long processus. On y met en lumière les principaux enjeux qui composent le contexte dans lequel évoluent les sociétés et qui ont un impact sur le développement du secteur de l'éducation. On y brosse également un tableau des transformations du secteur de l'éducation, au Québec et dans le monde, afin de dégager les grandes tendances qui influencent la construction du modèle éducatif en pleine expansion. Ce dernier fait face à de sévères critiques de la part de l'auteur qui en souligne les limites et les écueils. À partir d'une approche comparative, il recense, examine et commente les pratiques adoptées par les pays anglo-saxons et européens et situe celles du Québec dans une perspective internationale.

Fort de ce regard analytique, l'auteur prône le retour à la mission première du système éducatif, soit, la formation de citoyens plutôt que de travailleurs, en réponse aux besoins du marché. Il consacre un chapitre à défendre la conception de l'éducation en tant que bien public. En ce sens, il propose des alternatives au modèle en construction : un soutien de toutes parts (État, citoyens, parents, milieu de l'éducation) envers le système d'éducation public ; plus d'égalité, d'équité et de diversité dans les écoles publiques et un accès élargi à la connaissance.

Les divers ordres d'enseignement sont passés en revue. Les politiques et orientations gouvernementales ayant façonné le domaine de l'éducation au cours des dernières décennies sont étudiées, de façon à camper le secteur de l'éducation au Québec et à l'examiner à partir du contexte national et international qui l'influence.

En 2009, à l'heure où la crise économique a incité les chefs d'État à repenser les priorités, évaluer les secteurs névralgiques et identifier les investissements prioritaires, le rôle de l'État en éducation revient à l'avant-scène. Dans cette perspective, la réflexion que propose l'auteur quant à la place qu'occupe ou que devrait occuper l'éducation, est porteuse de sens . . . PDF


Jacinthe Gagnon
Novembre 2009

Introduction à la santé mondiale

Jacobsen, Kathryn H.
Introduction to Global Health
Jones and Bartlett Publishers, Inc.
2008
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Ce livre, publié en 2008, traite de santé mondiale, sujet relié à la mondialisation puisque santé et maladie ne connaissent plus de frontières. L'auteure est docteure en épidémiologie et enseigne au Department of Global and Community Health, à l'Université George Mason, en Virginie, aux États-Unis.

Cet ouvrage pose les bases nécessaires à la compréhension du domaine de la santé mondiale et de ses concepts. Il explique de quelle façon les interconnexions mondiales et les décisions dans différents secteurs d'activité ont un impact sur la santé. Il établit que l'état de santé des personnes en différents endroits sur la planète peut affecter la santé d'autres personnes ailleurs et illustre comment les maladies infectieuses s'étendent à un rythme effrayant.

Ce livre introduit différents thèmes en prenant soin d'énoncer les objectifs du chapitre et de définir clairement les concepts qui leurs sont associés. Les chapitres exposent, entre autres, les préoccupations sur les inégalités en santé et la manière dont elles affectent la vie et la santé des personnes. L'auteure y présente d'ailleurs les facteurs socio-économiques qui accentuent les inégalités. Il est également question dans ce livre des besoins particuliers de certaines catégories de personnes, tel que les enfants. De plus, des questions et des priorités en matière de santé mondiale sont soulevées.

Un chapitre est consacré particulièrement à la mondialisation et aux maladies infectieuses émergentes. L'auteure y explique comment la mondialisation introduit de nouvelles maladies infectieuses dans les pays riches et des maladies chroniques dans les pays pauvres. On y trouve, en outre, de l'information sur les nouvelles menaces à la santé, tel que les actes potentiels de terrorisme, et plus spécifiquement, de bioterrorisme.

Cet ouvrage de type universitaire permet de s'initier à la santé mondiale et à la place qu'occupe la mondialisation en matière de santé. Il contient beaucoup de définitions et d'explications qui servent de base à quiconque souhaite travailler en santé mondiale où réfléchir sur le sujet  . . . PDF


Monica Tremblay 
Octobre 2009